La véritable histoire de la réforme des retraites I Episode 1

La véritable histoire de la réforme des retraites I Episode 1

5 février 2020 0 Par Débat Retraites

[CHRONIQUE SATIRIQUE] Lundi 3 février, s’est ouvert le débat sur la réforme des retraites à l’Assemblée nationale. Retrouvez la “véritable” histoire de la réforme des retraites.

Après plus de deux mois de grèves sans discontinuer, la mobilisation de l’ensemble des forces syndicales, la majorité présidentielle a réussi cette performance, celle de réunir dans la rue une liste à la Prévert : cadres et non cadres, fonctionnaires, salariés du public et du privé, cheminots, sans compter les policiers, les enseignants, les pompiers, les égoutiers, le personnel soignant, les éboueurs,  les experts comptables, les avocats…

Les parlementaires LREM se réjouissaient de ces manifestations qui surgissaient dans tout le pays pour saluer cette réforme audacieuse, rappelant ainsi les grèves de joie qui ont accompagné l’avènement du Front Populaire en 1936.

Ils se succédaient dans les media pour saluer cet esprit de camaraderie, voyant dans ce projet le tournant social de l’acte II du quinquennat. Enfin, une loi visionnaire, juste et solidaire ! Une loi de progrès : on faisait plus et mieux pour l’ensemble des travailleurs en assurant l’égalité pour tous par la mise en place d’un système universel à points.

Etait-ce cela, l’esprit de camaraderie, quand les marcheurs voyaient défiler les pompiers en lutte, lorsqu’ils découvraient les lancers de robes des avocats sous le nez de la Ministre, les jetés des cartables des enseignants ? Etait-ce cela, la fraternité, quand surgissaient les images de manifestants éborgnés ?

Plus les jours passaient, moins les députés comprenaient. Dehors, tout le monde devenait fou à lier. Les députés LREM et leur président étaient désarmés. Ils n’étaient plus sûrs d’avoir tout compris.

Les enquêtes d’opinion  montraient, jour après jour, un soutien massif aux rebelles du projet de loi.

Le patron du groupe LREM a mobilisé, tour à tour, les ministres afin qu’ils expliquent les avancées de cette réforme au parterre des parlementaires.

Le premier appelé, le Ministre de l’Education, était censé être le plus pédagogue.

Il les a confortés sur les objectifs humanistes de cette réforme en leur répondant que les manifestants ne comprenaient rien et a conclu par cette formule imagée : « c’est comme quand vous êtes au restaurant, la cuisine est complexe, mais la salle à manger est simple ».

Face au professeur, personne n’a osé broncher mais aucun n’a saisi sa métaphore filée.

Ils se sont tournés, désespérés, vers la plus solide du gouvernement, sa porte-parole. Elle leur a enfin donné des éléments de langage pour mieux comprendre. La nouvelle réforme des retraites « permettra à tout le monde d’user de sa liberté pour partir quand il le souhaite ».

Les parlementaires LREM ont quitté la réunion de groupe, satisfaits de cette réponse. Mais voilà…Elle aussi n’avait rien compris. Cette nouvelle réforme donnait la liberté de toucher moins- en partant avant 64 ans et ce, dès 2027. Inéluctablement, le niveau de pension allait baisser. Si l’on choisissait de partir avant cet âge pivot ou âge d’équilibre, il fallait, comme pour sa bagnole, se taper un malus de sa pension le restant de ses jours. Cette décote touchait tout le monde, nés avant ou après 1975. Seuls ceux nés après 1975 avaient droit à un autre privilège : fructifier ses cotisations en points.

Les députés de la majorité étaient définitivement perdus avec cette histoire de points. La confusion était telle qu’une opération « team building » était montée en pleine nuit pour désigner des « whip », chargés de former leurs pairs aux différents leviers paramétriques, aux valeurs d’acquisition et de service du point. Tout se passait plutôt bien…jusqu’à la présentation du mode de calcul et du coefficient de conversion….

Le 27 janvier, la goutte d’eau a fait déborder le vase : le Conseil d’Etat a rendu un avis particulièrement critique sur le projet de loi. 

Les députés de l’opposition croisaient dans les couloirs de l’Assemblée des parlementaires de la majorité, hagards, sombrer dans la folie.

L’un d’eux avait fait un malaise dans l’hémicycle. On avait retrouvé à ses pieds une quantité de feuilles griffonnées de points… 

La situation ne pouvait perdurer : une lettre fut écrite au Président de l’Assemblée afin de lui demander la création d’une commission spéciale pour assister les députés LREM dans la compréhension du texte. On accéda à cette demande.

La commission spéciale s’est réunie pour la première fois lundi, et constitue un marathon pour les députés des bancs de la gauche. Ils vont tenter, coûte que coûte, de faire comprendre à leurs collègues marcheurs, d’ici l’examen dans l’hémicycle, le 17 février, l’insanité et le caractère anti social des 65 articles du projet de loi ordinaire, des cinq du projet de loi organique sans oublier les 29 ordonnances programmées…