La véritable histoire de la réforme des retraites I Episode 2

La véritable histoire de la réforme des retraites I Episode 2

8 février 2020 0 Par Débat Retraites

[CHRONIQUE SATIRIQUE] Après l’épisode 1, retrouvez l’épisode 2 de la “véritable” histoire de la réforme des retraites.

« La politique économique d’Emmanuel Macron profite d’abord aux actifs et aux plus aisés ». On finit par se lasser de cette titraille provocatrice et irrespectueuse, réduisant le Président de la République en Président des riches. 

Cet article d’un quotidien du soir, qui tire ses informations du groupuscule gauchiste « OFCE », créé à l’initiative de Raymond Barre dans les années 80, a touché en plein cœur Emmanuel Macron. A sa lecture, et en l’espace de quelques secondes, il cherchait une explication à ce sparadrap qui le poursuivait.

Il chassait ces idées noires en se rappelant les dires d’une éditorialiste le couvrant de qualificatifs élogieux, saluant son « intelligence » hors norme et « la chimie assez exceptionnelle de son être». Cette journaliste, connue pour arpenter le terrain, était au contact des Français et prenait le pouls de cette France périphérique et des laissés pour compte. On se souvient qu’elle avait même accompagné Emmanuel Macron dans son tour de France des ronds-points lors du grand débat national. En somme, elle était l’incarnation humaine de ce qu’on appelle, dans le jargon économique, « un indicateur de suivi » de sa politique ruisselante.

Alors, qui croire ? L’OFCE, selon lequel “les perdants de la politique économique du gouvernement se trouvent parmi les plus modestes, les chômeurs et les retraités?”. Depuis le début du quinquennat, sur les 17 milliards d’euros de revenu disponible distribués aux ménages, 12 milliards ont été flechés vers les actifs. Les retraités, les personnes seules et les chômeurs ont été ponctionnés de 1,6 milliard d’euros.

Emmanuel Macron découvrait avec horreur ce bilan inégalitaire. A qui la faute? Qui avait pu voter ces arbitrages ? Dans les jours précédents, il avait déjà eu l’occasion d’appeler à plus d’humanité… 

De nouveau, il lui fallait rectifier le tir. Il savait sa majorité sur le point de plancher sur un sujet mineur qui traînait depuis plus de deux ans : la réforme des retraites. Il avait eu vent dans les dernières semaines de gens dans la rue, munis de pancartes et de mégaphones, entraînés par de vagues responsables syndicaux, dont il avait oublié les noms et effacé par mégarde les numéros de portable. 

Mais où donc était caché ce satané projet de loi retraites ? Il essayait de mettre la main dessus, en vain. Il se souvient alors avoir nommé un haut-commissaire pour coordonner les travaux.

Il saisit son téléphone : 

       Jean-Paul, je te dérange ? Dis, tu pourrais m’amener le projet de loi retraites? 

        J’aimerais bien mais on me l’a enlevé des mains. 

Après cette tentative infructueuse, il contacte Edouard Philippe. Le dossier est dorénavant dans le bureau du nouveau secrétaire d’Etat.

A la demande du Président, le secrétaire général de l’Elysée convoque une réunion interministérielle. Afin de se donner une image plus humaine et sociale, il renomme le projet de loi « Pour un système universel de retraites », lui adjoint les feuillets des ordonnances par souci d’efficacité ainsi qu’une étude d’impact, avec des cas-type imaginés par son conseiller social. 

L’ensemble est transmis au Conseil d’Etat. Sans attendre ses recommandations, le projet de loi est adopté en Conseil des Ministres.

Le Ministre des relations avec le Parlement, se charge de photocopier les exemplaires destinés aux députés et se rend à l’Assemblée nationale en camion poubelle pour en faire la distribution.

Il profite de cette occasion pour s’arrêter à la conférence des Présidents à l’hôtel de Lassay et informer ses membres de l’arrivée du projet de loi.

Le compte à rebours est lancé : les députés disposent de quatre jours seulement avant son examen en commission spéciale, le texte sera par ailleurs adopté en procédure accélérée. 

Parallèlement, le Président Macron demande à Edouard Philippe de rappeler autour de la table les partenaires sociaux pour lancer la conférence de financement. Les conclusions à la clé seront naturellement dévoilées à l’issue du vote de la loi et des municipales, en avril. 

Le Président engage un dernier tour de table avec ses ministres la veille de la réunion de la commission retraites. Consigne est donnée au Ministre des retraites et aux rangs de la majorité de ne répondre à rien, de crainte de voir se multiplier les boulettes. 

La commission spéciale démarre. Sur les bancs de la gauche et de LR, les députés pointent les trous du projet, les erreurs de calcul et l’absence de données chiffrées pour engager une réforme systémique de telle ampleur. 

« Comment, en l’espace de dix jours, est-il possible de tuer les fondations de notre République et les spécificités de chaque branche construite dans un souci de justice sociale ? » s’insurge Valérie Rabault, Présidente du groupe socialistes et apparentés.   

Les députés s’inquiètent du sort réservé aux militaires pour lesquels le mode de calcul à la retraite changerait : ce ne serait plus les six derniers mois qui compteraient, mais l’ensemble de leur carrière. Quant aux conditions de travail des agriculteurs, le co-rapporteur balaie d’un revers de manche le caractère éprouvant de leur métier : « La pénibilité, elle peut être réelle, elle peut être physique mais elle est aussi parfois beaucoup dans la tête et quand vous vivez avec une passion, la pénibilité, elle est pas vécue de la même façon. »

Au terme de quatre jours de monologues, la majorité LREM, fatiguée d’entendre toujours les mêmes questions, se plaint auprès de la Présidente de la commission. Brigitte Bourguignon, consciente de la pénibilité générée par les rangs de l’opposition sur ses troupes, décide de réduire le temps de parole de deux minutes à vingt secondes. Un membre du bureau menace de démissionner face à ce musellement. La Présidente, respectueuse des droits de l’opposition, relève le temps de parole à une minute. 

Emmanuel Macron, soucieux du bien être des marcheurs, les assure par Telegram de son soutien plein et entier et leur demande de tenir jusqu’à la galette des rois organisée pour eux semaine prochaine à l’Elysée. 

Parviendront-ils à se taire d’ici-là ?